La rose noire.

 

 

La rose noire.

 

Il y avait, parmi toutes les fleurs, au fond du beau jardin,
Une rose bien charnue, seule, vêtue de sombres et de noires.
Celle qui brillait aussi moins que les autres, c’est sur, certain,
Que toutes les blanches, scintillant et saoulant par leur espoir.
Nul ne pouvait l’approcher, la toucher, même pas du regard,
Sans qu’elle se fermait et se paraît de bien méchantes épines.
Seule la nuit lui donnait pour se couvrir, son très beau foulard.
Se laissant approchée et touchée, émue par sa muse,sa voisine :
--« Perfidie est mon nom, aussi grande commère , lui dit-elle.
Ne vous en déplaise, ma chère et charmante,belle coquine ! »
--« Vous êtes ma bienfaitrice, ma tendre et douce demoiselle,
De pouvoir ainsi me cacher les crocs, mes dures chagrines. »
Chacune va tenir à l’autre, en de mornes et sombres paroles.
C’est ainsi que dans la nuit si obscure, équilibre fier, si fragile
De vrais beaux langages. De bien grandes et sombres paraboles,
Les plus noirs et tristes messages sautent de joie ou vont en file :
--«Vous pourriez briller de mille feus et de lumières, ma très chère.
Au grand jour, vos éclats seront bien plus beaux et aussi subtils ! »
--«Couvrez-vous d’ors, de bleus gris, jaune de tous les mystères !
Les doutes et les jalousies sont pour vous, de vains, vils textiles ! »
Chaque jour est pour la rose noire ce que lui est dit dans la nuit.
En s’ouvrant à la lueur, des piqûres sortent de ses noires épines.
Elle demanda au jour la couleur de la patience, celle qui vit luit.
Le soleil est là pour l’encourager, l’aidant à défaire ses chagrines.
Ce dernier en premier lui envoya son meilleur, le doux jardinier
Qui ne prit pas de gants pour lui tenir ces brefs, pieux langages :
--«J’ai là, dit-il, le meilleur des sécateurs, des lames pour découper
Ce qui vient de vos peurs et que vous avez pour tout bagages.
C’est dans la noirceur de l’air que vous êtes ainsi fortement parée,
Il me faut agir sans heurt, en douceur et à la lumière du grand jour.>>
S’approchant subrepticement de la rose, les lames fines ont coupé.
Une à une, les épines crochues sont tombées faisant place à l’amour.
Ainsi dépourvue, la rose noire n’as plus la magie du soir, du matin.
C’est même aux dire d’un certain bien, sa plus basse et pire ennemie.
Maintenant on la voit fanée au lever du jour et tombant de chagrin,
Priant d’en finir vite de mourir pour ses seuls et véritables ami(e)s.
C’est pourquoi ainsi et depuis, elle se ferme du noir pour les nuits.
Se protégeant des commères, des bons commentaires mal exprimés.
Bien que ses pétales soient tous de velours et de couleurs obscurcis,
Chacun et chacune ne peuvent la voir qu’à la lumière du soleil, l’été.

MJC Le 9 juin 2008



 


Article ajouté le 2008-06-15 , consulté 13 fois

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